
Evoquée dans les derniers mots écrits à partir du Mali, me voilà à Bologne devant mon ordinateur, sans compteurs à qui laisser quelques francs cfa pour vous raconter la rencontre avec Abdoulaye.
Dès notre arrivée à Tombouctou, au milieu de jeunes hommes qui s'empressent de nous entourer et de s'informer sur notre programme, d'offrir visites guidées, chambres moins chères, bracelets pour le festival et bijoux sculptés... l'un d'eux ne s'agite pas, il reste à mes côtés, en silence. Il sourit doucement, et lorsqu'il commence à parler, sa voix est si basse qu'elle éveille ma curiosité. Il murmure, pendant que les autres continuent à parler fort, qu'il vient d'un village au milieu du désert, à 4o jours de chameau de Tombouctou. Il ajoute que depuis quelques années il accompagne son père dans ce long voyage pour transporter le sel qu'ils échangent au marché contre argent, habits, thé et d'autres provisions à rapporter dans leur village, si loin de tout. Il n'oublie pas d'ajouter qu'il a quelques objets d'artisanat à nous montrer, le temps d'un thé. Peu de mots, qui suffisent à sonner plus justes que ceux des autres à mes oreilles.
A travers son approche, je me suis demandée comment et pourquoi certaines personnes nous captivent plus, nous donnent envie d'approfondir les premiers contacts, se détachent des autres et laissent derrière elles un nuage de visages anonymes. Sans chercher de réponse, je crois que c'est lors des voyages que ces rencontres prennent une dimension particulière.
Le temps souvent est déterminé et si on décide de revoir quelqu'un c'est qu'une petite étincelle a surgi, que l'envie de continuer à se promener encore ensemble devance celle de passer son chemin. C'est ce qui s'est passé, ou presque, avec Abdoulaye. Nous l'avons revu, et j'ai l'impression qu'il avait décidé de nous revoir, sans trop attendre de notre part une invitation. Le jour suivant, il est apparu à l'improviste au détour d'une rue à Tombouctou, le jour d'après nous avons découvert qu'il dormait sous la tente en face de notre chambre, puis au festival d'Essakane, sans s'annoncer, sans rendez vous il est sorti des dunes.
Le dernier soir du festival, nous avons bu le thé qu'il nous a offert, regardé pour la deuxième fois les objets qu'il voulait nous vendre et surtout nous avons pris le temps de discuter.
Intrigués par son mode de vie et sa provenance, nous lui avons posé beaucoup plus de questions qu'il ne l'a fait. Ses réponses claires et déterminées m'ont marquée, son envie de pérpétuer la tradition familiale, sans mentir sur ses envies d'aller à l'école, d'apprendre une autre langue, de connaître le monde qu'il découvre à chacune de ses venues en ville.
D'un air posé, il nous a expliqué dans un français qu'il a appris au gré des touristes rencontrés, la condition des femmes de son village, les jeux inventés par les enfants avec les cailloux, le pélerinage en chameau jusquà Tombouctou, guidé par les étoiles et lors des nuits nuageuses, par le goût du sable. Il nous a dit aimer la musique tamashek, celle de chez lui, mais aussi celle de Tiken Jah, il a déclaré apprécier le festival, la rencontre d'étrangers, l'ambiance... Alors quand je lui demande avant de nous lancer à l'écoute des derniers concerts, ce qui lui manque le plus quand il revient dans son village, je m'attends à tout, sauf à la simplicité de sa réponse: la lumière, l'eau.
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